

BRUXELLES Il est des sportifs belges de haut niveau ouverts et disponibles. Jean-Michel Saive en fait partie. Ce mardi 17 novembre, Jean-Mi fête ses 40
ans... “Pendant un match. Je joue ce jour-là”, nous dit-il dans un sourire. Rencontré juste après un entraînement, à Charleroi, le pongiste belge fait le point sur sa vie, autour d’un gâteau
d’anniversaire.
Jean-Michel, vous fêtez vos 40 ans. Qu’est-ce que cela représente ?
“C’est la... catastrophe ! (rires)C’est marrant parce qu’autour de moi, on en parle beaucoup. J’ai énormément de proches plus âgés qui me disent : ‘Ce n’est pas la fin du monde !’Mais quand
on est sportif, c’est délicat. La ligne d’arrivée de fin de carrière n’est plus très loin. On la voit presque. C’est un bilan de carrière et de vie. Si on est positif, on peut dire qu’on est à
mi-parcours !”
Justement, si vous regardiez votre vie jusqu’à maintenant, quel en serait le bilan ?
“Positif ! Ce serait bien malheureux s’il ne l’était pas avec la chance que j’ai forcée et créée et avec tout ce que j’ai accompli. Objectivement, je pense que beaucoup de personnes aimeraient
avoir vécu ce que j’ai vécu ! Je ne vais pas me plaindre. Ce qui me tracasse, c’est plutôt l’avenir. Je me demande comment les 40 prochaines années vont pouvoir être aussi riches en passion et
en événements que les 40 écoulées...”
Quelles sont les choses que vous rêveriez encore de faire ?
(Il réfléchit) “C’est une bonne question ! Au niveau sportif, j’aimerais jouer le plus longtemps possible au plus haut niveau, même si je sais que je ne serai plus numéro 1 mondial. Avec l’âge
qui avance, ça va être forcément plus rare que je sois en haut du classement. C’est marrant, quand on arrive à maturité, on prend plus de recul. C’est vraiment terrible et dingue d’avoir été si
haut dans un sport dominé par la Chine ! Je me dis : ‘Punaise, moi je l’ai fait ! J’ai dominé dans ma discipline pendant un an !’ Je suis encore plus fier de ce que j’ai fait maintenant qu’à
l’époque, je pense...”
Quelles sont les erreurs que vous ne referiez pas ?
“J’ai eu la chance de ne pas en faire énormément. Quand on est jeune, on est plus impulsif. On a un côté chien sauvage. Et on a parfois des paroles ou des réactions qu’on trouve débiles, avec
la maturité. Mais si on analyse toujours tout avant de le faire, on n’y va jamais. Je pense que ces comportements peuvent faire sourire maintenant mais qu’à l’époque, ils étaient peut-être
vitaux. J’ai remué ciel et terre pour faire bouger les choses et devenir numéro un mondial !”
Si vous vous trouviez en face de... vous ! Que vous diriez-vous ?
“Tu ne fais pas ton âge ! (rires)En fait, c’est plutôt pour me donner bonne conscience ! Je crois que je me dirais des choses positives pour que l’autre moi se sente bien. J’ai tout le temps
besoin d’être rassuré. Donc, je le rassurerais et le complimenterais...”
Vous avez perpétuellement besoin d’être rassuré, mais vous êtes conscient de votre parcours sportif positif... Pensez-vous être un homme heureux ?
“Oui, ça va. Je n’ai pas trop à me plaindre. Comme dirait mon médecin : ‘Tout le monde à ses casseroles’. Il y a eu des étapes et des choses difficiles dans ma vie. J’ai connu des choses que
beaucoup de personnes connaissent et qui ne sont pas évidentes à vivre. On dit souvent que j’ai eu beaucoup de chance, mais ça n’est pas que ça ! J’ai été la chercher cette chance, je l’ai
provoquée !”
Avez-vous eu un modèle qui vous a inspiré ?
“Tout petit, il y avait un sportif qui cartonnait, c’était Eddy Merckx. Je me revois sur les genoux de mon père qui faisait un album de décalcomanie. Quelque part, je me suis inspiré de sa rage
de vaincre. Puis, je me suis mis à genoux comme Björn Borg... Après, j’adorais le Yannick Noah de Roland-Garros. La communion entre lui et son public était grandiose ! Quand je jouais à La
Villette, il y avait une telle communion. Ça me faisait penser à lui.”
Vous avez pu les rencontrer lors du Tournoi des Légendes à Liège, non ?
“Oui, je peux le dire, cette fois-là, j’ai bu du petit-lait ! Durant tout le jeu, je ne vois pas Björn Borg. Je joue mes matches en double. Ensuite, hors du terrain, Borg vient me serrer la
main et me féliciter : ‘J’ai suivi toute ta carrière, félicitations !’Après ça, la remise des prix se fait et dans le vestiaire, j’étais seul avec Borg, Leconte, Noah, Bahrami... J’ai passé une
heure fantastique. On a discuté de tout. Björn Borg a parlé de ma carrière, il m’a parlé de mes techniques. Il a vraiment vu mes matches... Pour moi, c’était un moment magique ! Je suis fier...
C’était un beau moment !”
Dossier complet dans votre Sports Mag de ce week-end.
© La Dernière Heure 2009




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